Comment exercer via une société de management

Publié le 7 février 2026 à 12:00

De plus en plus d’entrepreneurs, dirigeants et consultants choisissent d’exercer leurs fonctions de gestion ou de direction par l’intermédiaire de leur propre société. Cette pratique, souvent mise en place au moyen d’un contrat de management, offre une grande flexibilité. Elle n’est toutefois pas sans risques si le cadre juridique est mal maîtrisé.

Un contrat imprécis ou une exécution incohérente peut exposer les parties à des conséquences lourdes : requalification en contrat de travail, litiges financiers, responsabilités imprévues ou contestations par les autorités sociales et fiscales. Cet article fait le point sur les principes essentiels permettant de sécuriser une telle collaboration.

 

1. Le contrat de management : de quoi parle-t-on 

Le contrat de management est un contrat de prestations de services par lequel une entreprise confie à une autre entité — souvent une société de management — des missions de direction, de coordination ou de consultance stratégique.

Contrairement au contrat de travail, il relève du droit commun des obligations. Il n’existe pas de modèle légal imposé : sa validité et son efficacité reposent entièrement sur la qualité de sa rédaction et sur la manière dont il est exécuté dans la pratique.

 

2. Le risque central : la requalification en contrat de travail

En droit belge, la qualification donnée par les parties n’est jamais décisive à elle seule. Les juridictions examinent avant tout la réalité des faits.

Le critère déterminant est l’existence ou non d’un lien de subordination.

Un indépendant véritable :

organise librement son travail,

ne reçoit pas d’ordres hiérarchiques comparables à ceux d’un salarié,

supporte un risque économique,

facture ses prestations.

Si, dans les faits, le manager agit comme un employé intégré à l’organisation, la relation peut être requalifiée, avec à la clé des rappels de cotisations sociales, des indemnités et d’éventuelles sanctions.

➡️ Aucune clause contractuelle ne peut neutraliser une situation de subordination réelle.

 

3. L’importance des aspects formels

Un contrat de management doit respecter certaines exigences de base, souvent négligées :

identification complète et correcte des parties,

signature par des représentants habilités,

date certaine,

absence d’antidatation.

Lorsque la collaboration débute avant la signature écrite, cette situation doit être décrite avec prudence, sans tenter de masquer la chronologie réelle.

 

4. Les clauses essentielles à ne pas négliger

Un contrat équilibré et sécurisant doit notamment aborder les points suivants :

a) La mission

La description des prestations doit être suffisamment précise pour éviter les ambiguïtés, tout en laissant au prestataire une réelle autonomie dans l’organisation de son travail.

b) La durée et la fin du contrat

Il convient de déterminer si le contrat est à durée déterminée ou indéterminée, ainsi que les modalités de résiliation, les délais de préavis et les éventuelles indemnités.

c) La rémunération

Les modalités de calcul, de facturation et de paiement doivent être clairement établies, y compris les conséquences d’un retard de paiement.

d) Les frais

Il est essentiel de distinguer ce qui est inclus dans la rémunération forfaitaire et ce qui peut faire l’objet d’un remboursement distinct.

e) L’exécution des prestations

Le contrat peut prévoir si les missions doivent être exécutées personnellement ou si le recours à des collaborateurs ou sous-traitants est autorisé.

f) Confidentialité, non-concurrence et non-débauchage

Ces clauses doivent être proportionnées, limitées dans le temps et justifiées par les intérêts légitimes de l’entreprise.

g) La responsabilité

La répartition des responsabilités contractuelles et extracontractuelles mérite une attention particulière, surtout à la lumière des réformes récentes du droit de la responsabilité.

 

5. Tenir compte des évolutions légales

Le droit belge des obligations a connu des changements importants ces dernières années. Un contrat de management moderne doit notamment intégrer :

les règles relatives à l’imprévision et à la renégociation,

les nouvelles possibilités de limitation ou d’aménagement de responsabilité,

les mécanismes de résiliation anticipée.

Ignorer ces évolutions peut fragiliser des contrats pourtant bien intentionnés.

 

6. La cohérence entre le contrat et la pratique

Un contrat bien rédigé ne suffit pas. Les tribunaux accordent une grande importance à la manière dont la collaboration est vécue au quotidien.

Bonnes pratiques recommandées :

facturation régulière et conforme au contrat,

autonomie réelle dans l’organisation du travail,

absence de contrôle hiérarchique direct,

formalisation des décisions importantes (rapports, réunions, avenants).

 

Conclusion

Le contrat de management est un outil efficace pour organiser une collaboration flexible entre entreprises. Sa sécurité repose toutefois sur un équilibre subtil entre rédaction juridique, respect des règles sociales et cohérence dans l’exécution.

Faire l’économie d’une analyse juridique sérieuse au départ expose à des risques bien plus coûteux par la suite.

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